La Question
Nicole Barrière
A la question :
comment les martyrs d'hier deviennent les bourreaux du jour
la question mord les mots, demande pardon d'être si près des murs de vérité
entre les pierres, les camps, les ruines
des restes de jouets d'enfant
incompris
désolation
restes des mensonges d'histoire qui accablent chaque aube
et la question s'enchaine dans notre négligence
de plus en plus absurde
les pas divisés et nous toujours à l'écoute de l'in-ouï
lui tendre l'oreille
penser ensemble l'im-pensable pensée qui hante
lui tendre l'oreille
sans laisser de sous-entendus
tendre l'oreille aux mots : ce ne sont pas les mots qui font peur
mais la rencontre avec ce qui les sépare de la vie
à quelles certitutes dressées se résume notre misère?
à la liberté étendue dans la solitude?
à la révolte dans toute sa longueur?
notre misère est grande, errante sur l'immense place de nos choix,
serions nous indisponibles faute d'altitude? serions nous sourds à l'urgence d'être?
et si l'exigence d'espoir de la paix devait naître du soulèvement des mots, des poèmes
et si des errements de l'époque, nous écrivainspoètes, nous arrachions le verbe à sa retraite, le mettions dans tou ses états, l'étonnions de rencontres ui en disperseraient le sens du commun, du politique, du religieux?
et si nous étions ensemble, en éveil, dans le seul but qui porte nos vies : le but d' écrire : notre art comme ouverture, appel , amour à l'autre.
que l'écriture nous amène au bord de...de ce bord que l'art peut approcher, littérature, musique, poème , en accueillant leur flamme, en se rencontrant, en accueillant notre seule lumière possible : celle d'être humain.
[Nicole Barrière, Pen Club français,
http://nicoletta.over-blog.com/]
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Jérusalem céleste sur un arbre perché
Bluma Finkelstein
Assis sur une pierre au pied de ses moutons
Moïse dans le désert cogite sur Pharaon
- "Laisse partir mon peuple! Je te promets
que je l’emmènerai en terre sûre
dans un pays sur mesure avec une longue marche
pour l’affermir un nettoyage à sec
quelques coups de bâtons un Veau d’Or
une révolte des promesses du tourisme pendant
quarante ans un mètre à gauche
deux mètres à droite une gamelle de manne
trois fois par jour du lait et du miel
une histoire d’espionnage banale
Enfin un peuple normal!"
* * *
Juifs intelligents sages curieux
prophètes savants poètes de Dieu
fils aînés du Père peuple élu et saint
peuple parfait sans malfaiteurs sans voleurs
sans putes sans soldats sans armée
peuple de paix
sans pécheurs sans menteurs peuple élu
déchu réélu parfait audacieux
choisi pour un avant-goût de Paradis
peuple de paix peuple élu
espoirs déçus
* * *
Céleste Jérusalem sur un arbre perchée
ville de la paix et du Tabernacle
grandiose spectacle télévisé avec intestins broyés
par les bombes des uns et les pétards des autres
par les discours de ceux-ci et les sermons de ceux-là
par les yeux des uns implorant le ciel
et les prières des autres t’arrachant les tripes
restées encore en vie
édifiante charcuterie de guerre sainte
Tous pareils popes imams prêtres rabbins
cathédrales de mots vains au bord des ravins
* * *
Peuple saint ton peuple de jadis et aujourd’hui
à moitié abruti pour une longue période d'aveuglement
Tordu foutu tête pourrie cerveau empaillé
libre indépendant dans ses frontières à barbelés
en chemise d’acier casques en fer forgé
métaphysique d’hélicoptères mystique supersonique
Peuple saint ton peuple intelligent futé
Bison se reposant sur des ailes d’avion
comme jadis sur les lauriers du savoir
Allons fais un geste envers ton peuple élu
remonte-lui les bretelles de la sagesse
prête-lui une nouvelle jeunesse
arrête la soldatesque et la dérision
Rends-lui sa vraie vocation
[Bluma Finkelstein in
Jérusalem céleste sur un arbre perché, 2009]